- Emmanuel Robert -
 
 
Robert Emmanuel
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Rencontre avec Emmanuel ROBERT

Enfin, une rencontre entre les arts du déchet et l’art pictural, quand cette reproduction est une forme classique par dessins et transcriptions artificiels des détritus et amoncellement d’objets. L’emprise de la nature sur le devenir de déchets est expliquée dans ces métamorphoses et ces endroits ou quand la nature reprend ses droits laissant au temps qui passe faire son devoir de mémoire : laisser vieillir et perdurer des matériaux tout en reprenant possession des interstices et des lieux par les plantes et les animaux.

E. Robert pratique l'analyse avec précision et le commentaire avec beaucoup d'humour. Il travaille avec rigueur et simplicité des matériaux représentés telles les carrosseries de voitures automobiles accidentées ou simplement abandonnées, les apparences des déserts, les plantes reprenant droit de cité au milieu des métaux, canettes bien spécifiques d’une boisson mondialement connue, architectures reconstruites improbables (et qui ne sont que simplement considérés comme des éléments de déchets, d'étalonnage d’une consommation remise en paysage). La sculpture représentée en complète cohérence avec un goût pour l’exactitude du dessin, exclut toute forme de dissimulation et de mystère. Ses choix de matériaux proviennent de l'environnement dans des paysages que l’artiste parcourt souvent en compagnie de son appareil photographique, réalités de voyages ou souvenirs de voyages imaginaires ? Cela n’a plus d’importance.
La maîtrise du dessin et de la peinture, après travaux conjoints à l’ordinateur pour les reports, est dans l’ordre de la documentation tant la précision des sujets est bien mise en place. Nous pouvons parler de mise en place pour une composition sur une surface à découvrir, une représentation documentaliste des paysages reconstruits. Si l’affiliation avec la gravure et les techniques de l’eau-forte est ici flagrante, il est soucieux d’une lignée (je pense homonymique) avec l’artiste qu’est Hubert Robert*. Il pratique une incision constante dans les méthodes et les conventions de l’art contemporain.
Ses œuvres, apparemment hétérogènes en termes de médium, au style et au sens, sont présentées aujourd’hui sous forme de tableaux dans une perspective naturaliste, mettant en lumière la conscience politico-écologique, dans une dimension autobiographique. Le déplacement permanent, les interventions en matière de dessins forcent la narration, la contre-imagerie potentielle et la réinvention de genres délaissés par l’histoire du modernisme. Son projet présente des modèles esthétiques pour désarmer des configurations de pouvoir.
Les voitures américaines, symbole de l’industrie et du pouvoir de l’homme sur la nature (vitesse, temps raccourcis, explosion des formes, intelligence de la représentation sociale) montrent que l’ère du tout-puissant par le modèle automobile est en fin de vie. Les carcasses s’implantent là où elle le peuvent et la nature reprend son devoir de préemption sur le paysage saturé de déchets et d’abandon de produits industriels. Les décharges institutionnalisées vont montrer leurs assemblages hétérogènes rendus familiers par les films et les reportages.
Nous repérons facilement les technologies d’emboutissage, de chromage, de peinture de sellerie, tous ces domaines technologiques ayant profité de la taylorisation des fabrications de produit de consommation.

L’artiste problématise le genre de la « rétrospective » c’est à dire cette forme de muséalisation de son œuvre dans le cadre d’une logique institutionnelle et dans le contexte de sa propre histoire. Pour cette raison, les histoires sur les tableaux sont montées et exposées presque comme des documents. De plus, le travail rassemble une importante sélection de dessins sur papier, présentés qui pourrait être chronologique depuis sa production la plus ancienne jusqu’à aujourd’hui afin de justifier ces grands tableaux : dessins qui sont des documents, documentations privilégiées.
Ces dessins offrent un aperçu d’éléments formels (écrits, motifs, couleurs) et de contenus (références historiques, signes, symboles) qui réapparaissent souvent dans les œuvres ou projets : La représentation est basée sur un dessin qui attribue au territoire des Etats Unis les noms de produits industriels évidents.

Bernard TROUDE
Critique d’art

* Hubert Robert, (22 mai 1733, Paris - 15 avril 1808, Paris) est un des principaux artistes français du XVIIIe siècle qui s’illustra notamment comme paysagiste, aquafortiste, graveur de grand talent.



     
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